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Adnane Abdourabbih « Mikrokozm »
16/06/2008

L'immigration entre poésie et anthropologie

cher webmaster
السلام عليكم ورحمة الله 

En rapport avec l'article sur "l'immigration dans la chanson d'hier et d'aujourd'hui" de Abdellatif Maroufi, je vous envoie le présent article qui se réduit à deux points de vue personnel sur la question de l'immigration et qui laisse, espérons-le, la porte ouverte aux interventions des ahfirnautes qui sont pour l'instant timides voir absentes... A mon avis ne vous inquiétez pas, vous êtes sur la bonne voie, avec un peu de persévérance et petit à petit tout le monde s'y mettra incha Allah.

Cordialement,
Adnane Abdourabbih
"Mikrokozm"

 

L'article:

L'article de Abdellatif Maroufi, m'invoque personnellement au moins deux choses. La première est de nature poétique pleine de bon sens que nous enseignent les différentes versions du Passeport vert (al paspour lakhdar) et si j'en retiens que ces quelques mots de sagesse ça m'aurait suffit pour en reconnaître le statut de poète et de philosophe au sens de sage à ces troubadours qui sont en voie de disparition :


Chouf anna7la mine tatgha ddir jjan7ane wa tfarfar bih
Tb9a rat3a la zzwawach wajmi3 lli taar yatghadda bih
Hadhi ma3na 3liya, fi watni ya s'7abna kount b'khir
Arraz9 ila bghak rabbi, ya3ték wa law kont fi ga3 lbir !

La seconde est d'ordre ethnographique pour ce qui est de la description très précise des poètes notamment Cheikh Mohamed younsi… et le côté anthropologique au sens de recherches et travaux qui ont étudié ce phénomène sociologique de la triptyque « immigration/esclavage/chanson ».

En effet, dans son livre «La mémoire confisquée. Les mineurs marocains dans le Nord de la France» paru chez Septentrion en 1999, l'anthropologue Marie Cegarra examine la période des années 50 pendant laquelle le patronat français a eu recours à l'importation massive d'ouvriers maghrébins en utilisant des méthodes de post-négritude et d'esclavagisme moderne.

Peu d'historiens/anthropologues ont étudié cette période de « prolétarisation » de toute une population. Marie Cegarra s'est attachée aux pas, d'une façon particulière, aux 78000 Marocains recrutés, pour les Houillères du Nord - Pas-de-Calais, par Félix Mora, ancien militaire, pratiquant une nouvelle besogne : Négrier !

Le travail de cette anthropologue est basé sur des témoignages et sur une analyse de documents institutionnel et personnel dont voici quelques passages publiés par « Le Monde diplomatique » sous le titre : Le travail mondialisé, Mora, le négrier :

[« Tous passent devant moi, se souvient ce dernier. Depuis 1956, je parcours la vallée du Souss et j'ai dépassé les 66 000 embauchés. » Les candidats passent devant lui, le torse nu pour un premier tri. Destinés à effectuer un travail de force, l'extraction du charbon au fond de la mine, ils sont sélectionnés à partir de leur apparence physique. Les critères sont les suivants : ils doivent être âgés de vingt à trente ans, peser 50 kilogrammes minimum, avoir une acuité visuelle correcte. La sélection médicale s'accompagne d'un rapide interrogatoire sur les occupations professionnelles antérieures du candidat pour mieux cerner ses capacités à travailler à la mine (et ses motivations).

Des employés des Houillères établissent les listes. Des fonctionnaires marocains sont là aussi, ne serait-ce que pour donner une identité officielle aux nomades qui n'avaient jamais fait de démarches pour l'état civil.

Il y a beaucoup d'appelés, mais peu figureront en définitive sur la liste. Car il faut pour cela ne pas être atteint de maladie contagieuse, ne présenter ni amputation ni déformation... et surtout ne pas avoir eu affaire à la police marocaine. Mora examine les dents, les muscles, la colonne vertébrale. Puis il marque les postulants avec des tampons de deux couleurs différentes pour les distinguer. « Si Mora t'affiche un cachet vert sur la poitrine, cela signifie que tu es accepté ; un cachet rouge signifie que tu es refusé. »
Ce tri élimine les deux tiers des postulants. Le groupe sélectionné se rend, par ses propres moyens, à l'hôpital, cette fois-ci pour passer un examen médical plus approfondi prévu dans la convention franco-marocaine de 1963. Ceux qui sont déclarés aptes transiteront à la mission de l'Office national d'immigration (ONI) à Casablanca et signeront leur contrat de travail avant de partir pour la France. C'est le temps des rêves : « A Goulimine, Ouarzazate, Tiznit, les enfants s'exclament, commentent, ils savent de quoi ils parlent : moi aussi, j'irai à la mine avec une petite lumière sur la tête » (Le Monde, 3-4 novembre 1974.)
Quelques décennies plus tard, ce poème amazigh chante la désillusion :

Il fut un temps où les hommes furent vendus à d'autres
O Mora le négrier, tu les as emmenés au fond de la terre
Mora est venu à l'étable d'Elkelaa
il a choisi les béliers et il a laissé les brebis
O filles ! Mettons le voile du deuil
Mora nous a humiliés et est parti
Ceux de l'étranger que Dieu redouble vos peines
Celui qui est en France est un mort
il part et abandonne ses enfants
La France est de la magie
celui qui arrive appelle les autres.

(Le Monde diplomatique, novembre 2000)
 
Cela évoque beaucoup de choses dans l'époque actuelle de l'immigration en France et sans doute ailleurs. Par exemple, la question de l'esclavagisme des immigrés en France est d'actualité, en particulier les « sans papiers » et les femmes. Ceux qui souffrent de ce type de traitement, pourtant interdit par la loi et les instances internationales défendant les droits de l'homme, s'identifient dans cette poésie populaire et font le constat de l'existence de ce nouveau « Mora » qui prend le visage d'hommes politiques modernes, « pragmatiques », qui appliquent « la traite négrière » sous couvert d'expressions politico-politiciennes… telles que « l'immigration choisie et non l'immigration subie », « développement des pays d'origine », etc.

ahfirnet
08/06/2008

Réponse de AhfirNet
Merci Mikrokozm pour vos encouragements. Mon offre est un minimum que chacun doit pouvoir faire pour aider concrètement notre ville, et ce n'est qu'un début inch'Allah. Je suis sûr que d'autres feront des offres similaires chacun dans son domaine.

ahfirnet
08/06/2008

Message envoyé par Mikrokozm
Salam cher webmaster, je voudrais vous féliciter pour la bonne initiative concernant l'offre faite aux associations ahfiriennes ; c'est une très bonne idée, ça permettra aux gens de s'exprimer, d'informer, et lancer leurs différents projets? Merci encore pour votre générosité. Avant de vous laisser , fi amani Allah wa 7ifdih , est-il possible de rajouter un espace pour les commentaires aux articles ? A3anakomo Allah Salut

ahfirnet
07/06/2008

Résulats du sondage

A la question "Nous aussi sommes racistes ?", vous avez répondu dans les proportions suivantes :

  • 54.5% : Oui, beaucoup
  • 36.4%¨: Non
  •   9.1% : Oui, un peu

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ahfirnet
20/05/2008

Nous sommes racistes ?

On dit toujours que tel ou tel pays est raciste (France, Hollande, Espagne …). C’est peut être un peu vrai. Il y a Le Pen en France, l’extrême droite en Hollande qui font des scores importants aux élections. C’est vrai.

Et nous, Ahfiriens, Marocain ou Arabes plus généralement nous ne sommes pas aussi un peu racistes ? N’est-il pas inconcevable par exemple de voir une famille marier leur fille à un homme noir ou inversement ? N’est-il pas vrai que dans toutes les blagues les chleuh sont représentés comme des radins ? etc… Tout ceci n’est-il pas du racisme ordinaire ? L’homme est-il raciste par nature ?

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